20 mai 2021 13:30:21 / Thomas Boucheyras

ATLANTA : BERCEAU DE LA SCENE TRAP AMERICAINE

Bienvenue à Atlanta aux Etats-Unis, où depuis une dizaine d’années émergent les plus grands rappeurs de la scène trap, un dérivé du rap, qui, depuis 2010 s’empare des charts américains

Dans ce deuxième épisode d’un œil sur le monde, après s’être intéressé au passage de Maradona à Naples, la Ilustración vous emmène de l’autre côté de l’atlantique, plus précisément à Atlanta aux Etats-Unis, où depuis une dizaine d’années, émergent les plus grands rappeurs de la scène trap, un dérivé du rap, qui, depuis les années 2010 s’empare des charts américains.
Alors qu’historiquement le rap s’est vu construire sur la rivalité West Coast/ East Coast, avec des rappeurs comme Tupac ou Biggy, c’est bien à Atlanta, capitale de la Géorgie, que se produisent aujourd’hui, les plus grands noms de la scène trap mondiale. Ce sous-genre du rap se démarque par son rythme plus lent, et un flow plus kické, parfait pour les soirées des nightclubs. De Outkast à Playboi Carti en passant par Futur ou Gucci Mane, comment Atlanta et la trap music, ont su se démarquer de New-York et Los Angeles, les deux piliers du hip-hop ? Quelles sont les origines de ce phénomène ? C’est ce que nous allons tenter de vous expliquer dans ce nouveau numéro.


Les « maisons pièges » : naissance de la Trap d’Atlanta

Si vous vous demandiez l’origine du mot Trap, et bien sachez qu’il résulte aussi sombre que la musique qu’il décrit ; les trap houses, ou « maisons pièges » en français, est l’endroit ou est entreposé la drogue de manière discrète par les dealers. Á Atlanta, où le trafic de drogue est omniprésent, ces trap houses se sont principalement développées autour de l’aéroport, dans les zones désaffectées. Là-bas, y sont stockées, emballées et vendues cocaïne et marijuana à grande échelle. Quand l’argent commence à s’accumuler, il faut donc trouver un moyen de le blanchir, et c’est souvent à travers l’aménagement d’un studio que l’argent est dissimulé, c’est ainsi que naît la trap music, très liée aux milieux dangereux du trafic de drogue et des gangs.
« Quand je pense à la trap, je pense à quelque chose de brut. De la musique qui sonne aussi sale que le monde duquel elle est sortie. » Gucci Mane, rappeur d’Atlanta

La drogue, grande influence de la trap et du « mumble rap »

Si à une époque il était tabou pour un rappeur d’évoquer la consommation de drogues dures dans ses textes, aujourd’hui, ces derniers ne s’en cachent plus, au contraire, les stupéfiants font parties intégrantes de l’identité du rappeur. Oubliez la cocaïne ou l’héroïne bien trop choquantes dans leur manière de consommation, la drogue phare de cette nouvelle génération de rappeurs se nomment codéine, Xanax ou percocet. La première citée, est la source principale du flow de la trap. En effet, mélangée avec du sirop pour la toux, la codéine provoque, chez ceux qui la consomme, une impression de légèreté, une sensation de bien être et de lenteur. C’est justement cette sensation de légèreté et de plénitude qui donne à la trap son rythme lent et aux rappeurs un flow plus déconstruit, qualifié outre-Atlantique de « mumble rap », soit « rap marmonné », tout aussi décrié par certains que très apprécié par d’autres. Aujourd’hui les rappeurs les plus représentatifs de ce style sont majoritairement d’Atlanta, Futur, Young Thug ou Migos pour ne citer qu’eux.



A partir des années 2010, l’avènement de la Trap aux US comme en Europe

Si le mouvement trap trouve ses origines chez des pionniers comme Outkast ou la Three 6 Mafia fin des années 90, c’est bien à partir de 2010, que le phénomène entre dans une autre dimension. De succès locaux à la scène internationale, la Trap conquiert les charts américains très vite et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord pour son avant-gardisme : si nous recontextualisons, l’année 2010 est un tournant pour le rap. À ce moment s’achève une décennie caractérisée par le gangsta rap de la cote est/ouest avec des rappeurs comme 50 cents ou Jay-z. Le défi de la décennie suivante, est donc de se démarquer du rap des années 2000 qui commencent à battre de l’aile. C’est alors que se développe la Trap et la Drill, deux mouvements assez similaires venant respectivement d’Atlanta et de Chicago, qui bouleversent les codes du rap traditionnel de par leurs instrumentales, et qui créent une disparité entre deux générations. Ces deux mouvements, issus de la précarité sociale américaine, font alors bouger les clubs et s’exportent petit à petit outre-Atlantique. Atlanta devient alors Traplanta, et ses rappeurs natifs, se convertissent en artistes bankables et cela grâce à un facteur déterminant : les plateformes de streaming. S’il y a bien une différence entre la nouvelle et l’ancienne génération, c’est la manière dont sont produits et diffusés les projets musicaux. Si à une époque il était inévitable de signer dans une maison de disque pour se faire connaitre, désormais, à l’heure des réseaux sociaux et de l’instantané, des plateformes comme Spotify ou Soundcloud permettent à n’importe qui de publier ses productions au monde entier. Si la Trap s’est aussi vite répandue c’est aussi et surtout grâce aux réseaux sociaux, la plupart des artistes venant de milieux modestes, les plateformes en ligne sont alors une aubaine pour publier et promouvoir leurs créations. C’est ainsi que de nombreux rappeurs d’Atlanta comme Playboi Carti, se font connaitre via les réseaux sociaux et plus particulièrement Soundcloud, une plateforme gratuite où de nombreux rappeurs américains se font connaitre du grand public. On parle même de rappeurs Souncloud, en parlant de cette nouvelle vague d’artistes indépendants. D’autres se font connaitre via leur clip sur YouTube, c’est le cas des Migos, aujourd’hui acteurs majeurs du rap international, le trio d’Atlantais s’étant fait connaître en 2013 avec la publication de leur clip Versace, repris par Drake qui les fera connaître mondialement, notamment grâce leur flow typique de la trap et leur ad-libs (le fait d’ajouter des fioritures entre chaque paroles). Aujourd’hui, beaucoup de ces artistes sont désormais reconnus mondialement et se diversifient même en s’associant avec l’industrie de la mode comme Givenchy qui collabore avec le rappeur d’Atlanta Playboi Carti ou Louis Vuitton avec 21 savage.

Connectez-vous pour publier un commentaire

0 commentaire

Soyez le premier à commenter cet article.