16 août 2022 13:40:04 / Ethel H.Coussau

LA DANSE DES ARCHÉTYPES DANS LES ROMANCES CINÉMATOGRAPHIQUES « L’Amoureux », l’archétype d’un personnage de cinéma

L'archétype, un modèle idéal ? Cette analyse croisée reprend "l'archétype de l'amoureux" à travers trois romances cultes, balançant entre épanouissement total et passion destructrice.

Platon nous parlerai de l’archétype comme d'un modèle idéal, un prototype, un type suprême. En ce sens, celui de l’amoureux.se se traduit par l’épanouissement amoureux du personnage pour l’être aimé, mais se pourrait-t-il que cette passion vire dans la destruction et la possessivité ?

L’archétype de l’amoureux à travers le mythe de l’amour impossible

Dans Roméo+Juliet (Baz Luhrmann, 1996), Titanic (James Cameron, 1998) ou encore Devdas (Sanjay Leela Bhansali, 2002), nous retrouvons cet archétype passionné, souvent synonyme d’aventure et de tragédie. Les trois œuvres présentent, à travers des problèmes héréditaires qui se rallient aux castes, aux rangs sociaux ou encore à la haine, trois histoires d’amour inconditionnelles, avec trois œuvres cinématographiques qui se différencient par leurs codes, leurs cultures, et bien sûr leurs personnages.

Par un cinéma très hollywoodien, James Cameron reprend un fait divers on ne peut plus connu pour représenter l’amour impossible : celui du naufrage du Titanic. Ce film met en scène deux personnages, Jack et Rose, issus de rangs différents. Cela se définit d’abord par l’espace dans lesquels ils se trouvent : sur le bateau, Rose est en première classe tandis-que le jeune homme est en troisième. Ceux-ci sont donc séparés par une classe sociale, qui se reflète par le lieu, soit l’espace du bateau en lui-même. Cependant, les deux héros finissent par s’allier contre la famille de celle-ci, ils s’aventurent chacun dans « l’espace social » de l’autre, pour tenter de vivre pleinement leur amour. Nous sommes donc face à deux personnages issus de milieux radicalement différents mais qui partagent les mêmes valeurs, ainsi qu’un amour éphémère mais éternel.

Pour Devdas et Paro, on ne parle plus de « classe sociale » mais de « caste », une notion propre à l’Inde et donc issue d’une culture et d’un concept qui se différencie de Jack et Rose. Même si, au début du film, on peut croire à un éventuel amour possible, cela se brise vite avec cette notion tragique qui finit par rattraper les héros et vient donc briser leur amour. L’histoire de Devdas est écrite en 1917 par Sarat Chandra Chattopadhyay. Il s’agit d’un récit insatisfait et autodestructeur qui fait écho à l’histoire de certains dieux du panthéon hindou, tel l’amour aussi intense que pur qui unit Krishna, l’amant éternel, à Radha. Ou encore l’amour désintéressé que voue Meera, à Krishna. Krishna, Radha, Meera… Chacun est la quintessence de l’amour, et chacune de ces histoires trouve « écho » dans Devdas. L’histoire de cet amant rejeté traverse les barrières de castes, et fait de lui un héros national, la personnification ultime d’un amour tragique, à l’image de Roméo pour la civilisation occidentale.

Roméo et Juliette est une tragédie-romantique de William Shakespeare. Elle raconte l’histoire de deux jeunes amants dont la mort réconcilie leurs familles ennemies, les Montaigue et les Capulet. Cette œuvre puise ses origines dans une série d’histoires d’amours tragiques remontant à l’Antiquité, comme « Pyrame et Thisbé » dans Les Métamorphoses d’Ovide ou encore Les Ephésiaques de Xénophon d’Ephèse. Des récits qui présentent d’importants points communs avec la version la plus connu de toute : celle de Shakespeare. Les deux amants, issus de familles ennemies, ne peuvent s’unir. Ceux-ci cherchent malgré tout (comme Jack et Rose) à vivre leur passion amoureuse, allant donc contre leurs principes familiaux. Comme pour Devdas et Paro, cette tragédie, cet amour, pousse les héros à chercher la paix à travers cette haine engendrée par leurs familles, les poussant ainsi à leur perte.

Codes cinématographiques et autres indices

L’archétype de l’amoureux, dans ces trois cas, rencontre beaucoup de ressemblances. Jack, Devdas, Roméo… Ils peuvent s’assimiler les uns aux autres. Mais comme le veut la Magie du Cinéma, la différence se retrouve dans la narration, la construction dramatique ou encore les codes de chaque film, rendant son originalité à chacun de ces archétypes, faisant de ces personnages, des personnages propres à eux-mêmes.

On peut remarquer que les personnages de Roméo et Devdas sont très ressemblants. On y retrouve, autant chez l’un que chez l’autre, une forme « d’autodestruction », de mélancolie abusive et de danger. Éternels amants, leurs cœurs semblent se pencher vers d’autres querelles (Rosaline pour l’un et Chandramukhi pour l’autre), même si bien évidemment ils restent pour autant fidèles à leurs amours éternelles. Ils sont chacun victimes de leurs propres châtiments (le bannissement pour Roméo et l’alcoolisme pour Devdas). Leur attirance pour la noirceur et la mort les conduit à leur perte, perte dans laquelle ils entrainent (consciemment ou non), leurs amantes. De ce fait, ces deux personnages peuvent également s’assimiler à l’archétype de l’ombre, l’ombre pouvant représenter la part destructrice du héros. Cependant, ces deux films, tout comme ces deux personnages, se démarquent par des codes et des cultures on ne peut plus différentes, à commencer par le lieu. D’un côté aux Etats-Unis dans une « Vérone » moderne (nous ne sommes plus en Italie mais à Los-Angeles, dans le quartier de « Verona Beach »), face à une Inde du début du 20ème siècle, bien plus traditionnelle. Les deux personnages reflètent pertinemment les lieux dans lesquels ils se trouvent. Roméo, malgré le fait que les dialogues de Shakespeare soient gardés dans le film de Luhrmann, est un personnage on ne peut plus moderne : chemises hawaiiennes, jean, gun et LSD… Soit toute une construction qui replace pleinement le personnage dans son époque. A cela s’oppose Devdas, indien traditionnel habillé de blanc (couleur du deuil en Inde, et donc indice révélateur sur la fin tragique du héros) et amoureux passionné dont larmes et alcool ne finissent par faire plus qu’un. Celui-ci est sans arrêt comparé à une tornade : son caractère impulsif et possessif appuie cette métaphore qui l’allie à cet élément. En effet, le jeune homme s’auto détruit volontairement par le simple fait de ne pas pouvoir posséder son aimé. Face à cela, Roméo est d’un caractère plus mélancolique, plus doux… Mais succombe également à ses démons en tuant Tybalt (cousin de Juliette), la vengeance ayant pris le dessus sur ses idéaux pacifiques.

Jack quant à lui, toujours interprété par Leonardo Dicaprio (Roméo+Juliet), emploie un rôle d’amoureux et de gardien envers Rose. En effet, ce personnage peut refléter deux archétypes. Sans pour autant être un antagoniste, le gardien empêche le héros d’avancer dans le but de le préserver. Celui-ci est là pour tester le héros, et par la même occasion peut être devenir son allié. Ces caractéristiques se retrouvent chez Jack. Il empêche à Rose d’avancer vers ce qui semble être son « objectif non désiré » : celui d’épouser un homme riche, qui lui promet une vie pleine de sécurité. Cependant, en l’empêchant d’aller vers ce chemin-là, les rôles se renversent dans le sens où Jack devient le sauveur de Rose et Rose devient une victime rebelle : celle-ci réalise la froideur du monde dans lequel elle était prête à s’engager, et finit par rejeter ce monde-là (ainsi que son fiancé et sa mère par la même occasion), pour en découvrir un bien plus chaleureux, vivant et heureux, auprès de Jack. Celui-ci « teste » Rose et ce dès leur première rencontre (il ne cherche pas à l’empêcher de sauter du bateau pour se suicider, mais la dissuade en testant ses limites par son discours). De plus l’amour qu’il porte pour Rose, au grand plaisir du spectateur, va bien au-delà d’un rang social ou de l’étage d’un bateau. Au fur et à mesure que le film avance, l’amour n’est que passionné et grandissant. C’est ce même amour qui pousse le jeune homme à se sacrifier pour sa bien-aimée. Suite à cette séquence de naufrage, qui porte sur le fait divers qu’on connaît tous, Rose vit et Jack meurt. Mais celle-ci vit pleinement, et cela grâce à cet amour perdu, qui même dans sa mort l’a guidé vers une route pleine d’épanouissement et de bonheur, l’a guidé vers un destin qui n’aurait pas dut être le sien.

Archétypes de l’ombre, du gardien, de l’amoureux…Difficile de faire rentrer nos héros dans une seule et même case. Mais n’est-ce pas là toute la profondeur des caractères ? Les liens, aussi forts que fragiles, ne peuvent que nous faire apprécier davantage ces œuvres riches et complètes, par-delà les histoires et les cultures.

Connectez-vous pour publier un commentaire

0 commentaire

Soyez le premier à commenter cet article.